L’apprentissage de la propreté

Aussitôt en possession de votre animal vous devez vous préoccuper de le rendre « propre » ou plus exactement de lui faire comprendre comment il peut continuer à l’être car le chien, comme tous les animaux, l’est naturellement, en ce sens qu’il évite de souiller son gîte et cela dès son plus jeune âge.

Pour exploiter cet instinct vous vous résignerez pendant quelques jours à ne pas laisser courir librement votre chiot : vous le maintiendrez enfermé dans sa caisse ou attaché et, bien régulièrement toutes les deux heures, vous le conduirez à un « petit coin ».

Celui-ci pourra consister en un plateau ou en une caissette assez grande pour que le chiot s’y installe commodément. Au besoin un côté sera plus bas que les autres. Vous y placez une couche de terre ou de gazon et vous lui conférerez le maximum d’intérêt grâce à un peu d’urine ou de crotte. Dans un délai étonnamment court votre chien l’adoptera et vous pourrez dès lors le laisser libre.

Pour obtenir une réussite rapide il importe que le « petit coin » reste odorant, au moins au début. C’est là un inconvénient, mais temporaire et grâce auquel les ennuis sont réduits au minimum. Le résultat sera d’autant plus vite atteint que vous aurez moins longtemps toléré des ordures n’importe où. Lorsque cette mauvaise habitude est prise les corrections sont sans effet, elles arrivent trop tard. N’intervenez ainsi qu’en cas de flagrant délit, mais c’est bien difficile.

Tenue dans la rue

Il ne suffit pas que votre chien respecte votre logis, vous devez exiger de lui une tenue correcte dans la rue, c’est-à-dire que vous ne lui laisserez pas arroser les portes, les boutiques et encore moins faire sa crotte au beau milieu des trottoirs.

Cette Inconduite, beaucoup trop répandue, soulève des réprobations justifiées. Vous habituerez votre chien à faire ses ordures dans le ruisseau ou au pied des arbres : promenez-le en laisse et traînez-le vivement dans le secteur autorisé s’il fait mine de s’installer ailleurs.

Au cours de ces promenades vous aurez à cœur de ne pas donner le spectacle affligeant d’un maître promené par son chien haletant, à bout de laisse, tirant de tous côtés. Pour le corriger de cette habitude bien désagréable vous tiendrez votre animal en laisse, très court. S’il cherche à vous entraîner, ramenez-le brusquement en place en commandant « derrière Au besoin, un léger coup de badine précisera votre injonction. Avec un peu de persévérance vous obtiendrez que votre chien marche librement près de vous « au pied ».

Bonne éducation

Jusqu’ici il n’a été envisagé que le côté en quelque sorte matériel de l’élevage. Mais pour que votre chien devienne agréable, intéressant comme un vrai compagnon vous devez vous attacher à son développement intellectuel. Ces préoccupations éducatives vous distingueront du banal éleveur. Ce point est beaucoup trop négligé, sur cent chiens il n’y en a pas dix convenablement dressés.

Précisons ce terme de dressage; il ne s’agit pas uniquement d’exécuter de petits tours et acrobaties plus ou moins spectaculaires.

Apprenez à votre chien à faire le beau, à donner la patte, à chanter si vous le voulez, je n’y vois aucun inconvénient. Mais ce ne sont là que des talents de société, il importe avant tout que votre chien soit bien élevé, c’est sur ce point qu’il sera d’abord apprécié.

Pour mener à bien cette éducation il suffit d’appliquer, avec un peu de réflexion, quelques règles très simples. Comprendre son chien ne va certes pas sans difficultés car il faut abandonner votre point de vue personnel et raisonner en chien. Ainsi vous devez vous pénétrer de cette idée que votre chien n’agit pas pour vous faire plaisir, pour vous rendre service, mais uniquement en vue de son bien-être et pour s’éviter des désagréments.

Ceci étant admis, votre ligne de conduite est toute tracée : vous placez votre chien dans des situations telles qu’il n’en puisse sortir de façon agréable qu’en agissant selon votre désir.  Ainsi pour l’habituer à entrer par la porte A et non par B, vous le récompensez s’il passe par A et le punissez s’il choisit B. Punir n’est pas corriger. Ne donnez pas d’ailleurs un sens excessif au terme de punition.

Ceci n’implique pas une correction brutale : un coup de badine, une vive traction sur la laisse et même souvent une exclamation violente suffisent. L’intonation de la voix est en effet fort importante et votre chien s’habituera rapidement à savoir s’il agit bien ou mal rien qu’à la façon dont vous l’interpellez.

Le plus important, c’est l’instantanéité de la punition ou de la récompense afin que le chien établisse la relation de cause à effet entre celle-ci ou celle-là et sa propre action.

S’il arrive qu’une correction énergique soit nécessaire, évitez que le chien sache qu’elle vient de vous. Faute de pouvoir recourir à un tiers, lancez une poignée de cailloux, une chaînette, un trousseau de clefs dont le choc bruyant et imprévu aura le meilleur effet. Il est souhaitable, en effet, que vous conserviez votre prestige de divinité bienfaisante dont l’intervention est toujours agréable.

Docilité d’abord

Le développement de la docilité doit faire l’objet de tous vos soins. Elle est la base de tout dressage utilitaire ultérieur. Elle consiste dans l’obéissance immédiate à l’appel en toutes circonstances. Or combien peu de chiens la possèdent !

Dès l’âge de deux mois et demi, trois mois, le chiot vient facilement à l’appel de son nom, au sifflet, etc… c’est un jeu. Il arrivera que cette obéissance lui paraisse sans intérêt, par exemple lorsqu’il mange ou qu’il joue. Ne le battez pas, mais en dresseur avisé prévoyant la récidive, attachez une longue cordelette au collier de telle sorte que vous puissiez tirer et même traîner le rebelle jusqu’à vous. Si vous le récompensez alors votre élève comprendra que s’il ne répond pas rapidement à votre appel une force irrésistible et désagréable l’entraîne vers vous et que sa désobéissance ne fait que retarder le plaisir qu’il y a à obéir.

C’est le cas typique où l’interprétation défectueuse de la conduite du chien incite à commettre de lourdes fautes psychologiques.

Vous connaissez la scène : le chien refuse de revenir à l’appel de son maître qui s’époumone : « Viens ici… Veux-tu venir ici… Cabochard. Attends un peu…. que je t’attrape. Je t’apprendrai pour une autre fois… , la conclusion étant une bonne correction lorsque le maître a repris son chien. Or celui-ci a effectivement « compris », mais à sa manière et il le montrera bientôt en s’enfuyant encore plus vite… tout en pensant : « Cours toujours mon bonhomme.

Je sais par expérience que si tu m’attrapes tu me corrigeras. »

En pareille circonstance faites abstraction de tout amour-propre, reprenez votre chien, récompensez-le et caressez-le. Inutile de vous essouffler à sa poursuite : lancez-lui adroitement une poignée de gravier. Cette punition d’origine inconnue aura des résultats dont la rapidité vous surprendra, d’autant plus que, condition essentielle, elle est appliquée au moment précis où la désobéissance se manifeste.

Le cas du chien qui se cache pour rentrer à la maison après une absence illégale est tout à fait analogue. Après une première escapade il a été battu à son retour. Si maintenant il se cache pour rentrer, soyez sûr que ce n’est pas par honte, mais simplement par peur : il est revenu à son gîte agréable malgré la certitude de la punition.

Tout au contraire récompensez votre chien dès son retour : c’est au départ qu’il faut le punir ou le faire punir. Un peu d’imagination est alors utile, par exemple pour disposer sur son passage quelque piège bruyant qui fera comprendre au fugitif que le monde extérieur est plein de génies malfaisants lorsque l’on s’y risque sans la permission du maître.